Au rythme de la plume - Poèmes en vrac

Par ici, un méli-mélo de textes publiés ou à venir. Bonne lecture !

 

Les mots papillons

Suspendus au firmament

Ouvrent leurs ailes.

 

La vie

 

La vie est papillon dans ses rêves fragiles

S'élevant chaque jour en battements agiles.

Esquisse un pas de deux et danse sur les traces

D'un rêve fugitif au miroir à deux faces.

Vivre, est-ce tout cela ?

 

La vie est ciel d'automne en rougeoiement altier,

Très souvent déchirure ou caresse éraillée

Sur les hivers sans rire entrant par la fenêtre

En clichés lézardés des indigences traîtres.

Vivre, est-ce tout cela ?

 

La vie est camaïeu d'une toile de maître

Aux aimables dessins de son tableau champêtre.

Ses couleurs épurées décrivent le printemps

En canevas fleuri d'arc-en-ciel éclatant.

Vivre, est-ce tout cela ?

 

La vie est la chaleur du vent dans les cheveux

Se glissant sur le bord d'un chemin sinueux.

Ondule sur le vol d'un oiseau passereau

Et finit son voyage au bord des idéaux.

Vivre, est-ce tout cela ?

 

La vie est chaque jour un miracle d'amour

Lorsqu'elle se penche sur de joyeux atours.

En marchant vers son heure errant au carrefour

Des derniers soubresauts d'un ultime parcours.

Vivre, est-ce tout cela ?

 

La vie est maestro, douce coïncidence

Quand dans sa partition, elle introduit la danse

De chaque seconde vécue sur la musique

Des battements du cœur et de son doux cantique.

Vivre, c'est tout cela !

 

Février 2014

 

Poème extrait du recueil De rives en dérives - Tous droits réservés

 

Si j'étais

 

Si j’étais musicien, j’écrirais des couplets

Sur des portées en sol. Les clefs de mes sonnets,

Notes cristallines, fuseraient de ma plume,

Pour chanter les aubades que mon cœur exhume.

 

Si j’étais orfèvre, je taillerais mes mots

Sur des feuilles d’or fines comme la dentelle.

Je créerais des colliers sertis de beaux joyaux,

Mes quatrains pendus en une pluie d’étincelles.

 

Si j’étais un peintre, je prendrais un pinceau

Pour peindre sur la toile la couleur des mots,

Et ma main dessinerait sur de grands tableaux

Des soleils italiens, des jardins orientaux.

 

Si j’étais poète, je poserais mes mots

Sur du papier Vélin ou sur un écriteau.

Mes vers en cascades seraient ma fantaisie

Et mes alexandrins, des lettres cramoisies.

 

Si j’étais la plume, je dirais à Pierrot

D’apporter sa bougie pour éclairer les mots

De mes odes, composant une mélodie

A la gloire du verbe et de la poésie.

 

Poème écrit en 2006, extrait du recueil Si j'étais... aujourd'hui épuisé

« Sur les ailes du vent j'ai franchi des rivières

Des océans profonds, des immenses déserts

Pour arriver enfin au bout de l'estuaire

Où mes yeux éblouis regardent vers Cythère. »

 

 

Voyage au Bhoutan

 

 

Il y a très longtemps, j'ai fait un beau voyage

Dans un joli royaume loin des routes tracées

Posé tel un écrin sur les monts escarpés

Du grand Himalaya aux vierges paysages.

 

L'avion s'est envolé au-dessus des sommets

Qui atteignent le ciel immaculé de neige

Pour se poser au sol du tarmac bhoutanais

Accueillant l'étranger happé par ce doux piège.

Le sourire aux lèvres, les habitants rieurs

Vivent dans ce joyau aux maisons en bardeaux.

Ils pendent aux volets des fleurs et des drapeaux

Son nom est le Bhoutan, le pays du bonheur.

La « Terre du Dragon » aux coutumes antiques

S'introduit doucement dans la modernité

Exploitant savamment sa culture authentique

Le pays sait garder sa personnalité.

L'harmonie des temples suspendus aux rochers

Confère au visiteur le sacré de Bouddha

Les Dzongs majestueux offrent tout leur éclat

En accrochant le rêve aux sommets enneigés.

Le songe se précise lorsqu'on va de l'avant

Sur les chemins pierreux en des lieux verdoyants

La nature admirable inonde de splendeur

Les yeux écarquillés de chaque voyageur.

La sente traverse des terres cultivées

Pour grimper au-dessus des arbres clairsemés.

Des chèvres et des yacks pâturent dans les combes

Près des maisons en bois que la piste surplombe.

On monte lentement à l'assaut de la pente

Devenant désertique et sans végétation

La côte se raidit et devient fatigante

Mais révèle un monde sans civilisation.

Moraines et séracs annoncent le glacier

Qui s'étend sur les flancs d'un surplomb féérique.

On peut apercevoir au détour du sentier

Le mont Chomolari, sa beauté fantastique.

Le froid et l'altitude est gommé face au charme

Des innocents attraits de ce titan de glace

Qui accroche son dôme au plafond de l'espace

Et sa pure blancheur attendrit jusqu'aux larmes.  

La trace monte encore vers le grand belvédère

Couronné de magie en ces pics monstrueux.

Avec le souffle court, le feu dans les artères

L'étape s'établit dans ce lieu merveilleux.

Le lendemain matin, le silence réveille

Les corps emmitouflés dans le doux des duvets

La neige recouvre de son charmant ballet

Le campement frileux que la montagne veille.

Difficile défi de reprendre la marche

Quand le vent glacial accompagne les pas

La bourrasque endigue la chétive démarche

Des pieds foulant le sol allant cahin-caha.

Plusieurs jours ont passé dans l'univers glacé

De ces lieux imposants, aux paisibles contours

Yalila et son col tellement haut perché

Redonne de l'audace et de l'humilité.

Le Chörten[1] accueille les drapeaux de prières

Flottant au vent glacé d'un univers hostile

Où les âmes perdues, essences volatiles

Flânent sur les sommets aux mémoires d'hier.

Il n'y a plus de mots décrivant la beauté

De ses sommets blanchis par l'infini sacré

C'est la nature reine et son immensité

Qui suspend dans les nues toute l'éternité.

 

Il y a très longtemps, j'ai fait un beau voyage

Dans un joli royaume loin des routes tracées,

Posé tel un écrin sur les monts escarpés

Du grand Himalaya aux pitons d'un autre âge.

 

Poème écrit en janvier 2014

 

 

[1] Le chörten (prononcer Tcheutèn) est la forme tibétaine des stūpas bouddhiques que l'on retrouve dans l'ensemble de l'Asie et des régions himalayennes. L'architecture et l'influence tibétaine sont très marquées au Bhoutan qui est le voisin du Tibet.

Eldorado

 

S’évader dans le ciel pour chercher les trésors enfouis au creux du berceau de sa destinée.

Quérir, au fond de soi, le chemin lumineux de sa félicité. Découvrir l’entité délicate qui habite son Être de Lumière.

Lever le rideau du secret et partir ailleurs à la recherche de sa Terre Promise, son pays de Cocagne, son Eldorado.

Réaliser ses rêves les plus fous, les plus improbables et croire au destin bienveillant en oubliant le doute, la peur du vide et de l’inconnu.

Être l’emblème triomphant de la Vie toujours en mouvement, dans l’abondance et le foisonnement des années vécues.

S’émerveiller de ses nuits flamboyantes de promesses, où l’amour s’introduit dans l’encoignure de la volupté pour y étaler son suave parfum sur la couche enflammée.    

S’éblouir de ses jours de tendresse, où la joie de vivre éclate en pépites de rires.

Resplendir sous les facettes brillantes des étoiles comme l’artiste qui reçoit la récompense de son talent.

Tenir la main de la reconnaissance et naître au bord de sa béatitude.

Écrire le livre de sa quête pour entrer dans la légende florissante de son âme éternelle.

Arriver aux portes du ciel, dans l’acceptation de son destin.

Être un chercheur d’or pour trouver, tout au fond des abysses, le joyau enfoui dans son cœur ; le déposer sur un coussin de roses et apprécier l’offrande apportée.

S’endormir sur la vague alanguie, se laisser bercer par le ressac et attendre les paupières fermées, bien lovée dans l’étreinte du sommeil, la caresse délicate du rêve doré.

Extrait du recueil La caresse d'un rêve - Tous droits réservés

 

Si un jour

 

Si un jour tu vois, avec les yeux de l’âme, la pluie qui ruisselle sur les toits de l’amour, n’oublie pas qu’un sourire est comme une étincelle, illuminant ta vie au sablier du temps.

Si un jour, tu attrapes le vent qui effiloche les heures incrédules, aspire très fort l’haleine de Zéphyr, il sèchera tes craintes, ta peur de l’avenir.

Si demain, tu ne sais plus chanter le bonheur d’être, si tes pensées stériles t’empêchent d’exister, fredonne les paroles d’un air de musique pour rythmer la joie d’aller toujours plus loin.

Si tu ne sais plus où la nuit se dissipe, si tu vois le prisme cruel des égarements, effleure de ta main les cordes de ton cœur pour éclairer le jour de notes d’arc-en-ciel.

Si le long du chemin de ta vie qui chancelle, tu heurtes le tambour de la porte divine, tu sais bien que l’espoir est gravé sur ta peau et qu’au moindre faux pas, il sera là pour toi.

Si un jour, ta soif d’aimer est plus forte que la faim, va cueillir au jardin les fleurs de la passion, effeuille leurs pétales pour en extraire le pistil et remplis ton cœur de son humanité.

Si demain, tu es comme une abeille butinant le nectar du ventre des fleurs, cet élixir de pollen, merveilleuse friandise, embaumera le ciel de sa substance sucrée en donnant à tes jours le goût de l’essentiel.

 

Si au creux du sommeil, le Phœnix d’Azur apparaît dans tes songes, qu’il frôle de son aile tes paupières fermées, ce n’est pas un mirage mais bien la certitude qu’il faut croire en tes rêves, ils sont ta vérité.  

 

Prose poétique extraite du recueil La caresse d'un rêve - Tous droits réservés

Le ciel éventé

Épuise la mélopée

Du souffle du vent.

Les ailes d'Éole

 

Un courant d'air léger se pose sur les ailes entrouvertes d'Éole. Son vol vaporeux plane sur les alentours avant de partir vers des contrées inconnues, pour courir le long des sentiers verdoyants de l'indicible.

Il élargit ses ailes, d'un battement impalpable, il prend possession des lieux environnants, entraîne l'aube vers d'autres horizons et continue sa progression au dessus des cimes des arbres et des montagnes.

Lèvres entrouvertes, il puise son souffle dans les alcôves de sa poitrine, devient brise d'été, chaude et douce comme une plume d'oiseau.

Sa respiration devient plus forte pour emporter dans son sillage la pluie qui joue de la musique sur les pierres d'un sentier. Chaque note éparpillée sème des grains de folie sur la partition improvisée, rafale mouillée au chant de l'espace, sarabande endiablée d'un orage de grêle. Il joue de ces turbulences en secouant les nuages aux volutes noires qui recouvrent l'atmosphère.

Il aime changer de ton lorsqu'il se met en colère et son souffle puissant ravage le ciel d'éclairs, accable la terre par ses rafales haletantes, prend de l'amplitude jusqu'à écraser le ciel par la violence de son énergie.  

Au-dessus des contrées traversées lors de mes périples sur cette Terre, je l'ai souvent croisé lorsqu'il est Alizé aux Caraïbes, Westerlie en Terre de Feu, Pruga en Alaska, Aquilon en Norvège ou Sirocco dans les pays du Maghreb.

Pourtant, même s'il se déguise et prend des noms différents, il est toujours le même, il est maître en son royaume et dirige d'une main aérienne tous les tumultes de son humeur capricieuse.   

Le mistral impétueux baguenaude au-dessus des champs de lavande et de tournesols. Il entraîne sur son passage les parfums des sous-bois tapissés d'humus et de terres des contrées du Nord et prend son élan pour aller se perdre plus loin, dans les garrigues et les étendues d'eau saumâtre des nombreux bras du Rhône, avant de continuer sa course effrénée au-dessus de la Méditerranée.

Éole est charmant lorsqu'il part en vacances et que les cigales se prélassent sous les pins parasols. Son doux murmure invite à la paresse et à la méditation.

   Il s'allonge alors sur les plages de galets et de sable des côtes bleues et d'azur du sud de la France, se repose de ses facéties pour repartir de plus belle quand il commence à s'ennuyer de son relâchement.

Chapeaux et ombrelles n'ont qu'à se tenir, le vent fripon les emportera sur ses ailes voyageuses...

Jeannine Biehler - Mars 2014 - Recueil De rives en dérives - Tous droits réservés

 

Et Morphée s'en va

Sur les passages féconds

Des mots alignés.

 

Merci à Morphée

 

   La nuit est conquérante et prend d’assaut mon sommeil envolé je ne sais où. Cruelle compagne que cette insomnie qui me tient éveillée alors que tout est ombre et silence.

   Pourtant, ce sont des instants privilégiés et uniques où l’inspiration m’emporte dans ses bras.

   Morphée me joue des tours, mais je lui dis merci car les mots qui se glissent sur le bout de mes doigts sont simplement magie. Ils défilent en rangs serrés, grands et petits, heureux de naître et de grandir sur la page.

   Lorsque l’imagination me transporte sur des rivages inconnus, je peux ainsi donner un sens à ces mots engendrés, car chaque lettre en apporte une autre et sans être semblables, ces lettres te parlent d'amour. L’amour des mots, l’amour du verbe, l’amour du beau, l’amour de l’autre, l’amour tout court…

Durant de nombreuses années je suis restée enfermée dans une bulle.

   J’y ai construit un endroit où mon imaginaire pouvait aller à sa guise sur les chemins rêvés.

   De cette bulle, sont nés la respiration et le souffle d’air nécessaires à une renaissance pour éclater en gouttelettes irisées sur les feuillages verts tendres d'un jardin poétique.

   Elle a ainsi donné le jour à une fleur exquise et délicieuse qui pousse le long des sentes de ma conscience. Libérée de mon carcan translucide, je suis allée cueillir la pluie du ciel pour la répandre dans l’immensité et sur les mots éclos. Les mots ne sont plus emprisonnés. Ils peuvent vivre en bonne harmonie avec mon âme et je les laisse prendre possession de ce Tout qui trace les méandres de mes pensées vagabondes.

   Je sais que la parole est nécessaire et même primordiale afin que la compréhension et le partage avec l’Autre puissent fonctionner. Après des années de silence où les mots étaient refoulés dans ma gorge, aujourd’hui, il n'est plus difficile de me laisser aller vers l'écoute de ma voix qui exprime mes expressions littéraires.

   Puisqu’il est écrit que la parole et l’écriture sont une même entité, je parle avec toi lecteur, je te parle de ce qui est écrit…

Rejoins-moi dans l’immensité des mots, écoute bien cette voix, c’est la mienne, bientôt elle ne sera plus un murmure. Et, si ma prose est digne d’un poète, si mon verbe trouve un jour son preneur, qu’importe le verdict, avec lui, je suis…

 

Mars 2007

 

Prose extraite du recueil De rives en dérives - Tous droits réservés

Le temps est trésor

 

Si un jour tu passes sur le bord de sa route, dis-toi bien que le temps ne s’arrêtera pas. Il ne sert à rien de lever ton pouce pour qu’il te prenne sous son aile, ton destin te conduira inévitablement sur le chemin de la vieillesse.

Tu voyages le long de ta vie qui défile comme un film sur sa bobine et les années sont un combat quotidien contre l’adversité.

Loin de toi le temps où tu te trouvais à l’abri dans ton cocon de douceur et ton premier cri était déjà le premier pas vers ton déclin.

Pourquoi t’attarder sur ces choses futiles qui t’empoisonnent l’existence et qui t’empêchent de vivre ton parcours dans la joie d’aimer ceux qui t’entourent ?

Tu n’es qu’un minuscule point au fond de l’univers, une poussière de larmes et de chair sur cette terre qui te porte et qui te nourrit.

Jusqu’où ira ta cupidité et ton orgueil alors que tu es le fruit de la terre qui te fait grandir ?

Ouvre les yeux et regarde l’écume de l’eau d’une cascade, écoute le chant du vent qui souffle sur la colline, contemple le vol léger du papillon, sent le parfum des fleurs des champs, respire l’odeur de mousse des sous-bois.

Laisse-toi prendre par l’exubérance des sensations qui t’envahissent et qui prennent possession de ton être.

Et puis, laisse derrière toi ta vie de pacotilles, car, à quoi bon courir après cette évidence, seule ton âme est sur la voie de l’éternité.

Elle seule survivra dans l’immensité du ciel, seul son aura ira se promener dans l’infini des plaines cosmiques.

Seul, tu es seul parmi la multitude et rien ne sert de courir, le temps ne se rattrape pas.

Le temps est ton unique trésor et si, au cours de ton périple, l’amour dépose sur ton cœur des bijoux de tendresse, laisse-toi enrouler dans ses draps de passion. Ne joue plus au conquérant, au maître de guerre, ne rêve plus de pouvoir et de puissance.

Tout comme l’oiseau, ouvre tes ailes et ne laisse pas le temps gâcher ton bien le plus précieux.

Va ! Droit devant, ne regarde pas en arrière, la vie vaut d’être vécue, avec ses rires et ses larmes.

Accroche tes semblables autour de ton cou, ils sont les perles qui te parent et te rendent beau jusqu’au plus profond de toi.

Le temps n’est rien d’autre qu’aimer…

 

 Texte extrait du recueil Mots avec vue sur vers  - Tous droits réservés

La rivière

 

Ma pensée voyage entre deux rives.
L’une est du côté du soleil, l’autre du côté de l’ombre, et au milieu, coule une rivière dont les eaux limpides se faufilent vers la raison de l’être.
Elle serpente ainsi, par-delà les cimes de l’éloquence, jusqu’à l’enfantement extirpé de son ventre créatif.
Elle s’impatiente lorsque les silences roses transpirent l’envol d’un crépuscule, quand la source surgit telle une oriflamme dévalant la pente secrète des mots.
Elle ne se repose pas et poursuit sa jeune destinée jusqu’à rencontrer le verbe transparent.
Tel un cheval fou, le vent traverse les murs, s’invite sous la peau, transperce les pores, s’infiltre dans le puits mystérieux des rêves.

Dans les distances franchies, elle dépose la sève de la poésie comme si c’était le sang du monde.
L’immensité de sa demeure installe chaque feuille écrite sur l’autel des libelles.
Sa forêt déracine les jours et les arbres effleurent les nuages pour étreindre le ciel de leur force tranquille.
Sa bouche soulève le rire pour chanter la joie qui s’élance hors de la gorge sépulcrale et dans un souffle profond, elle rejoint le sanctuaire bleuté d’une nuit de pleine lune.
Elle attend ce mot qui avance dans les dédales étoilés de l’imaginaire,
Le mot, le seul qui retient encore la mélancolie dans son lit de regrets.
Elle évite les regards de hasard ou d’ailleurs, les envies d’inconnus, pour ne pas perdre de vue la pointe de la plume.
Semblable à une patineuse, elle dessine des figures géométriques et des arabesques sur les espaces fibreux, trempant sans relâche sa tristesse du soir.
Lorsque le cocon douillet de son refuge ouvre ses fenêtres sur le matin à renaître, le mot s’endort enfin, apaisé par tant de confidences, tant de parfums et de fleurs inventées.

La rivière continue de couler et ses bras s’étirent une dernière fois vers la vie qui se lève par l’encre desséchée.
Repue, elle dépose son dernier point comme une délivrance espérée…

 

Jeannine Biehler ou Jeannine B

Extrait du recueil La parole des mots - Tous droits réservés

La clairière

 

     La clairière, tapissée d'orties blanches, attire les ombres des arbres environnants, en des conciliabules feuillus qui grésillent sous la brume épaisse.


   Cette mélopée crépite en mon cœur comme ce feu de bois sec hantant mes pensées. Le désir impalpable d'être l'abécédaire du temps s'empare de mes doigts gourds et transis de froid. Le berceau de lumière m'accueille dans l'herbe drue et mes mains supplient le châle de laine de remonter sur mes épaules, pour me protéger de l'écume blanche déroulant ses volutes autour de l'éclaircie végétale.


   Les silhouettes immenses qui m'entourent, déploient leurs bras vêtus de feuilles en se balançant sur leurs troncs rivés au sol. Les branches se frottent et s'épousent, annulant les distances jusqu'à effleurer mes cheveux de leur haleine floue. La caresse remonte le courant de cette matinée en délivrant ses pages lues et relues maintes fois lors de ces interminables insomnies quand, au creux de mon lit, j'attends impatiemment le coucher des étoiles pour enfin m'endormir.


   J'écoute le pouls des fleurs qui bat sur les filaments des pistils gorgés de pollen, divins pétales tapissant le bosquet de son murmure impalpable... 

 

Jeannine Biehler ou Jeannine B

 

(Extrait) Recueil De rives en dérives - Tous droits réservés

Lorsque la nuit s’écoule dans l’ombre du silence, il me prend à rêver que mes doigts se mettent à danser sur les nuages de ma conscience.
Une petite voix, m’interpelle, afin de me conduire vers des rivages inconnus.
 
Elle suscite des images qui s’écoulent en pluie d’encre noire sur la page blanche. Le dessin, encore incertain, germe sur le lit crayeux du papier.
Un autre tracé vient rejoindre celui qui attend tout reconnaissant de voir le jour. Un quatrain amoureux de ses rimes m’accompagne vers l’horizon qu’une pensée soustrait à l’océan immense de l’imaginaire.
 
Une vague poétique prend le large et perle au bout de mes doigts. Son roulis incessant, diffuse des reflets furtifs aux teintes nacrées.
C’est ainsi que, soudain, ma plume est devenue poème !
 
Jeannine Biehler ou Jeannine B
 
Préambule du Recueil Reflets d’encre - Tous droits réservés
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