Prose poétique Les ailes d'Eole

Un courant d'air léger se pose sur les ailes entrouvertes d'Éole. Son vol vaporeux plane sur les alentours avant de partir vers des contrées inconnues, pour courir le long des sentiers verdoyants de l'indicible.

Il élargit ses ailes, d'un battement impalpable, il prend possession des lieux environnants, entraîne l'aube vers d'autres horizons et continue sa progression au dessus des cimes des arbres et des montagnes.

Lèvres entrouvertes, il puise son souffle dans les alcôves de sa poitrine, devient brise d'été, chaude et douce comme une plume d'oiseau.

Sa respiration devient plus forte pour emporter dans son sillage la pluie qui joue de la musique sur les pierres d'un sentier. Chaque note éparpillée sème des grains de folie sur la partition improvisée, rafale mouillée au chant de l'espace, sarabande endiablée d'un orage de grêle. Il joue de ces turbulences en secouant les nuages aux volutes noires qui recouvrent l'atmosphère.

Il aime changer de ton lorsqu'il se met en colère et son souffle puissant ravage le ciel d'éclairs, accable la terre par ses rafales haletantes, prend de l'amplitude jusqu'à écraser le ciel par la violence de son énergie.  

Au-dessus des contrées traversées lors de mes périples sur cette Terre, je l'ai souvent croisé lorsqu'il est Alizé aux Caraïbes, Westerlie en Terre de Feu, Pruga en Alaska, Aquilon en Norvège ou Sirocco dans les pays du Maghreb.

Pourtant, même s'il se déguise et prend des noms différents, il est toujours le même, il est maître en son royaume et dirige d'une main aérienne tous les tumultes de son humeur capricieuse.   

Le mistral impétueux baguenaude au-dessus des champs de lavande et de tournesols. Il entraîne sur son passage les parfums des sous-bois tapissés d'humus et de terres des contrées du Nord et prend son élan pour aller se perdre plus loin, dans les garrigues et les étendues d'eau saumâtre des nombreux bras du Rhône, avant de continuer sa course effrénée au-dessus de la Méditerranée.

Éole est charmant lorsqu'il part en vacances et que les cigales se prélassent sous les pins parasols. Son doux murmure invite à la paresse et à la méditation.

Il s'allonge alors sur les plages de galets et de sable des côtes bleues et d'azur du sud de la France, se repose de ses facéties pour repartir de plus belle quand il commence à s'ennuyer de son relâchement.

Chapeaux et ombrelles n'ont qu'à se tenir, le vent fripon les emportera sur ses ailes voyageuses...

 

Jeannine Biehler - Mars 2014 - Recueil De rives en dérives - Tous droits réservés

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