Poèmes à lire, Littérature, Poésie de Jeannine Biehler (2)

Les poèmes sont extraits des différents recueils disponibles sur le site. Certains poèmes sont inédits. Bonne lecture !

Il est préférable de lire les poèmes sur une tablette ou un écran d'ordinateur.

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Les possibles

Sur la montagne des possibles

Cherche l’univers invisible,

Décrypte l’image gravée

Au rocher du temps révélé.

 

Sur chaque sommet escarpé,

Tes pas tracent ta destinée,

Dévoilant cet être absolu

Qui vit dans ce monde inconnu.

 

Les tables de ton existence

Ondulent dans cette mouvance.

Les jours reflètent les années

Passées loin de l’éternité.

 

Pars en quête de la Genèse,

Retrouve le chemin béni

De ce pays, ce paradis

Que tu mets entre parenthèses.

 

Écoute le fond de ton cœur,

Cherche le point des origines,

La source qui te prédestine

À la Lumière et au Bonheur.

Rien que lui

De saison en saison j'ai glané des baisers

Mouillés de rêves d'or d'embruns acidulés.

Sur la page noircie au parcours des années

C'est l'amour, rien que lui, qui fait ma destinée.

 

Étendu sous un arbre un cortège de songes

S'apprête à épouser les ombres qui s'allongent.

Il n'y a pas d'accès je suis bien vagabonde

Même à l'orée du temps qui entre dans la ronde.

 

De périple en périple, une allée étoilée

M'entraîne dans sa danse ignorant la douleur.

Son firmament brille par l'or de ses couleurs

Réchauffant l'univers aujourd'hui dévoilé.

Sous les branches du chêne à l'abri du hasard

Je puise dans sa sève un breuvage lacté

Au goût salé-sucré relent d'éternité

Et je me désaltère au savoureux nectar.

 

De demain en demain l'espoir habite encore

Un logis de douceur bien douillet pour le corps.

Pas d'hiver en ces lieux où la tendresse trouve

Sous la cendre du feu la braise qui la couve.

 

Rien ne peut arrêter la valse de mes bras

Enlaçant mes amours autour de mon chemin.

L'avenir sera beau même si mes matins

S'arrêtent sur le bord du malheur scélérat.

 

De royaume en royaume au bout de mon voyage

Quand le veilleur de nuit éteindra mon aura

L'amour et rien que lui sera mon seul message

En signant son doux mot au bas de mon contrat.

 

Alors je partirai toujours à l'aventure

Sur les pistes du ciel faisant face au destin.

Je me prélasserai sous le dais qui perdure

Par le cours de ma vie goûtée à pleines mains.

 

Une nuit

Une nuit

Le ciel charriait ses ténèbres

Dans ses cliquetis d'étoiles

Et de constellations lointaines.

 

Au creux des origines

Les ombres des planètes

Dansaient sous d'imposants baliveaux

Aux larges ramures obscures.

 

Les siècles s'étaient installés sous l'astre lunaire

Passagers indolents de l'univers figé.

Ils se dressaient comme des majuscules

Fiers d'aller et venir dans l'immensité

Portant sur leurs épaules le poids du temps.

 

L'espace était scintillement neigeux

Le jour s'entrechoquait avec l'obscurité

Et au milieu des bourdonnements sourds

Le jardin palpitait sous l'apogée limpide.

 

L'alphabet

Lorsque viennent les mots je vais les accueillir

En ma demeure intime en ma maison secrète

J'aime les accueillir trépignant du plaisir

De prendre leur envol en dehors de ma tête.

 

Lorsque j'avais appris l'alphabet usuel

Je ne me doutais pas que tout un rituel

Se dresserait alors en lettres majuscules

Sur les lignes noircies de tous mes opuscules.

 

Quand le touché soyeux des ailes angéliques

Effleure l'apparence éthérée des nuages

Je songe à cet instant d'un rêve fantastique

Où l'illusion s'installe au détour de la page.

 

Lorsque j'avais appris l'alphabet fabuleux

Et l'étrange voyage au cœur des mots curieux

Je ne me doutais pas qu'une empreinte nouvelle

Revêtirait mes pas d'étoiles et d'étincelles.

 

Il y a au fond de moi

Il y a au fond de moi

Des traces de départs

D'oiseaux fugitifs

Cachés au creux de mes nids

 

Il y a des saisons blanches

Posées sur mes cheveux

D'où naissent mes poèmes

Qui coulent sous l'eau vive

 

Il y a des refrains

De joyeuses chansons

Qui déploient leurs rengaines

Sur les champs de ma Terre

 

Il y a des aurores

Aux crinières ébouriffées

Qui attrapent la Lune

Lorsque le ciel foule mes nuits

 

Il y a des aéroports

Qui m'offrent des voyages

Au creux des flancs puissants

D'avions en partance

Vers tous mes rêves bleus

 

Il y a chaque mot griffonné sur la marge

Des fleuves de parole inaltérée

Sans virgule ni point de suspension

Sans parenthèse inachevée

 

Il y a au fond de moi

Des jours remplis de lignes

Des pays de cocagne

Qui naissent dans mes mains.

 

Commencement

Mot ! Accompagne-moi au-delà de moi-même

Ne cherche pas à comprendre

Mais accepte ce qui vient

Tout ce qui advient en profusion narrative.

 

Accueille patiemment la page buvard

Celle qui aspire le souffle volubile.

Ton cou est entouré de colliers tourmentés

Sautillant sur la gorge dénuée de phrases.

 

Au commencement il y a bien le sang

De l’encre dont la teinte basaltique

Absorbe la parole première

Dormant au pied de la pierre sacrée.

 

Installe-toi dans la légèreté

Pour t’éveiller à la substance sauvage

Juste avant d’effleurer le sillage céleste

De la confrérie des astres.

 

Mot ! Emporte-toi sur le dos du jour

Vers la promesse du renouveau

Dans ce soubresaut permanent

Découvrant la pâle lueur d’aube.

 

C’est comme un tourment étouffé

Par le temps bienveillant.

Comme si la patience

Trouvait son éclaircie.

 

Mot ! C’est bien ici que tout commence,

Dans les gazouillis joyeux

Des hirondelles et des pinsons

Lorsque les cerisiers refleurissent.

 

Elle se veut d'eau et de vent

Parfois, lorsque le rêve apporte

La clef du ciel d’hiver qui porte

La mémoire engourdie de brume,

La pâleur d’un trait d’écume

Dessine le mot inconscient

Sur la feuille aux lignes d’argent.

 

Elle se veut d’eau et de vent,

Oh ! Douce voix des sentiments.

Elle se veut d’eau et d’amour,

Oh ! Douce voix de nos toujours.

 

Sur la surface en clair de lune,

Le blanc rapièce l’infortune.

Elle s’endort dans les tiroirs

Secrets d’un très joli grimoire,

En faisant de la résistance

Au vent qui gouverne la danse.

 

Elle se veut d’eau, de soleil,

Oh ! Douce voix au goût de miel.

Elle se veut d’eau et de rires,

Oh ! Douce voix en ses sourires.

 

Parfois, l’écrivain malheureux

Franchit la marge de ces lieux,

Pour partir au seuil du voyage

S’ouvrant sur le dernier péage

D’une route rêche et opaque

Où le mot se perd et se braque.

 

Elle se veut d’eau et de vin,

Oh ! Douce voix en son levain.

Elle se veut d’eau et de vent,

Oh ! Douce voix de nos tourments.

 

En ce temps de calme blancheur,

La rime pose sa candeur

Sur le papier qui poétise

Les déliés chantent à leur guise

En inventant d’autres voyelles

Quand l’horizon blanchit ses ailes.

 

Elle se veut d’or, de parole,

Oh ! Douce voix qui auréole

Le monde de nos différences,

Créant toutes nos ressemblances.

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